Le 29 janvier 2024 reste gravé dans la mémoire collective de Kimpese, lorsque la population s’est levée pour dire stop à une insécurité devenue chronique.
À l’approche de cette date, la cité était confrontée à une criminalité croissante, marquée par des attaques armées répétées. Des individus, parfois vêtus de tenues militaires, visitaient nuit après nuit domiciles privés et centres de santé, semant la peur parmi les habitants.
Face à cette situation, la force vive de Kimpese annonça, par des messages largement relayés, une journée ville morte prévue pour le lundi 29 janvier 2024. L’appel trouva un écho important auprès de la population.
La veille, l’autorité politico-administrative organisa une réunion du conseil local de sécurité élargie et appela les habitants au calme, les invitant à vaquer normalement à leurs occupations. Plusieurs médias locaux relayèrent ce message officiel.
Mais dans la nuit précédant le 29 janvier, la situation bascula. Alors que la RD Congo affrontait l’Égypte en huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des Nations, un match remporté par les Léopards (7-8 aux tirs au but), l’euphorie gagna la cité. Les Kimpesois descendirent massivement sur la Route nationale n°1 autour de minuit pour célébrer la victoire.


Très vite, cette célébration se transforma en manifestation de revendication : des chants dénonçant l’insécurité et confirmant la tenue de la ville morte retentirent. La situation dégénéra rapidement. Des tirs de sommation furent effectués pour disperser la foule, notamment devant la BCDC, vers le pont Galant, à l’entrée Château Bas, à l’entrée Rawbank et à Masamuna.
Le lundi 29 janvier à 7 heures, la cité se réveilla dans un calme inhabituel : pas de tenue Bleu Blanc des élèves, pas de véhicules dans les parkings, maisons commerciales fermées. La ville morte fut largement observée, malgré les appels de l’autorité.
Quelques heures plus tard, des groupuscules de manifestants se formèrent dans plusieurs cellules (quartiers): Madiadia, Masamuna, IME, Centre commercial… Jeunes et vieux, filles et garçons descendirent dans la rue pour dénoncer l’insécurité. Des affrontements éclatèrent entre civils et forces de l’ordre, entraînant de nombreux blessés, des pillages de résidences de policiers et au moins sept morts.
Face à l’ampleur de la situation, Son Excellence Guy Bandu, Gouverneur de province, accompagné de son Ministre de l’Intérieur, Papy Mambo, descendit sur le terrain pour constater la situation. La délégation interministérielle du gouvernement central, conduite par Son Excellence Fabrice Puela, Ministre des Droits Humains, rejoignit également la cité pour évaluer les dégâts, dialoguer avec les forces vives locales et rassurer la population sur la mise en place de mesures de sécurité renforcées.
Parmi ces mesures, plusieurs agents de l’ordre furent mutés, certains étant soupçonnés de complicité dans les opérations de criminalité.
Depuis ce jour, la cité de Kimpese ne paie plus la facture de la SNEL, ciblant la société pour des tarifications jugées surfacturées, alors que la population revendiquait parallèlement la sécurité.
À la suite de ces événements tragiques, la circulation sur la RN1 resta paralysée pendant plus de 48 heures, aucun véhicule ni moto ne pouvant traverser la cité. Les familles traversèrent de longs moments de crise, dans une ville marquée à jamais par cette journée de colère populaire.
Le 29 janvier 2024 demeure un tournant historique à Kimpese, symbole d’un ras-le-bol collectif face à l’insécurité. Il marque également la naissance du fameux système d’autodéfense Wazalendo, né de cette mobilisation citoyenne et toujours actif deux ans plus tard.
Par : Sauveur Kibangu






